2 avril : journée mondiale de l’austime

Il y a des choses qu’on n’explique pas. De celles qui, lorsque vous les racontez à ceux qui vous entourent, provoquent immanquablement la même réaction, le même étonnement, voire la même circonspection.

Vous le savez, j’ai créé Biscornu pour envisager un avenir plus lumineux et plus otpimiste pour nos enfants. Je pensais l’avoir créée courant 2020. Mais en y réfléchissant, cette aventure singulière est née il y a 15 ans, en même temps que mon fils, Alexandre.

Cette année-là, alors qu’il était encore dans le ventre de sa maman, j’ai ressenti sa différence. J’ai pressenti qu’il était porteur d’un handicap. C’était quelque chose d’intense. D’inexplicable. D’irréel. Une sensation qui s’est très vite transformée en certitude, puis en fait avéré.

Je pensais gérer. Émilie et moi ferions face. Nous assumerions sans fléchir, cette épreuve comme une autre. Et c’est, en substance, ce que nous avons fait.

Pendant des années, j’ai considéré que l’autisme sévère d’Alexandre n’était pas un problème. Sans peur ni tabou, c’était comme ça et nous vivions avec. Le quotidien, la carrière, ses frères et soeurs, la maison… tout était réglé comme une horloge.

Pourtant quelque chose au fond de moi ne tournait pas rond. Une petite voix, que j’avais sans doute enfouie dans un réflexe d’auto-protection, me harcelait insidieusement. Inconsciemment, je refusais de l’entendre, me réfugiant dans la spirale de challenges professionnels toujours plus prenants. Je sais aujourd’hui qu’elle était là.

LA PRISE DE CONSCIENCE

Et puis au décès inattendu de mon papa, je me suis tout à coup rendu compte de la fragilité de la vie. Bousculé, j’ai posé un genou à terre. J’ai réalisé combien notre passage était de courte durée et comme il est difficile d’être proche de ceux qui comptent vraiment, de profiter les uns des autres tant qu’on le peut.

Cette même année, nous avons appris qu’Alexandre n’aurait plus aucune prise en charge. Aucun établissement ne pouvait plus le prendre pour l’accompagner, pour le faire grandir, pour l’ouvrir au monde. J’ai alors ressenti l’urgence de me rapprocher de ma famille, de nous offrir une parenthèse hors du temps. Nous avons décidé de partir pendant 1 an autour du monde, tous les cinq.

Mais dans ma tête, le point de non-retour avait été franchi. Plus rien ne pouvait être comme avant. Je ne pouvais plus envisager de quitter la maison pour partir travailler et laisser Alexandre totalement désoeuvré.

Pendant cette année, nous avons pleinement profité. Et j’ai pris le temps de nous écouter, de m’écouter moi-même.

Je regardais Alexandre, enfin heureux de randonner dans la nature, entouré de ceux qu’il aime et qui l’aiment, et je me suis rappelé cet épisode qui, avec du recul, n’était peut-être pas dû au hasard. Au premier mois de vie de mon fils, je me suis cassé la colonne vertébrale. Une fracture qui m’a imposé de rester allongé pendant trois mois. Pendant toute cette période, j’avais Alexandre avec moi. À côté de moi. Sur moi. J’étais en communion avec lui. Cet accident nous a offert 3 mois d’une indescriptible intimité,  3 mois à tisser un lien unique qui nous unit aujourd’hui et pour toujours au-delà de la parole et du regard. Nous nous comprenons de manière invisible, sans nous parler, sans nous regarder. Sans pouvoir l’expliquer, depuis lors, je ressens ce qu’Alexandre ressent comme il ressent ce que je ressens. La peine et la douleur, comme la joie.

Lors de notre grand voyage, la mémoire physique de cette vibration s’est accentuée. Et elle a décuplé mes forces. Je devais entreprendre, dans une démarche éco-responsable bien sûr, mais aussi pour offrir aux jeunes en situation de handicap comme mon fils, une perspective dans la vie. En un mot, un avenir.

LA CONCRETISATION

Aujourd’hui, Biscornu tourne et fournit ses premières verrines. Nous avons des jeunes porteurs de handicap en CDI qui cuisinent avec le bonheur dans les yeux. Je l’espère, un jour, Alexandre pourra lui aussi faire partie de cette formidable brigade.

Ce 2 AVRIL, C’EST LA JOURNÉE MONDIALE DE L’AUTISME !

En soutien, nous nous habillons tous de bleu, la couleur dédiée. Et si vous aussi vous voulez soutenir ce combat que nous menons contre l’exclusion de la différence, vous pouvez très facilement nous aider. www.biscornu.org

Parce que nous sommes avant tout des êtres humains avec des émotions, des sentiments et un sens des relations très fort, nous avons le pouvoir de bouger les lignes pour faire avancer le monde. Avec vous, avec votre soutien.

Merci à tous,

Olivier