15 au 19 novembre : semaine du handicap

1 semaine par an pour braquer les projecteurs sur le handicap. 51autres semaines pour vivre avec au quotidien.

Oh, je ne me plains pas ! J’ai de la chance. On est aux petits soins pour moi. Je vois bien qu’ils se démènent pour que mes journées soient moins douloureuses. Autour de moi, on s’affaire, on gesticule. L’autre jour, il y a même eu des caméras et des gens qui posaient plein de questions avec des micros.

Moi, j’ai continué à virevolter, comme si de rien n’était. Je voulais leur montrer de quoi je suis capable. « Eh, t’as vu ? J’arrive à jouer sur ma tablette en tournant sur moi-même plus de 70 fois par minute ! ».

Certains ont bien remarqué que je faisais mon numéro, mais pas tous. Alors j’ai fait une farce à mon papa. Pendant qu’il était en train de parler à tous ces curieux, je suis venu lui tirer la manche en poussant des petits cris pour qu’il s’occupe de moi. C’était drôle de l’embêter juste à ce moment-là.

Après, nous sommes allés en cuisine. J’aime bien aller en cuisine. Ça me change ! On me confie des tâches à effectuer. C’est vraiment pas simple mais j’arrive à rester concentré et à aller au bout. Rendez-vous compte, j’ai même réussi à éplucher une carotte. Oh je sais, pour la plupart, c’est un geste facile. Mais pour moi, croyez-moi, c’est un véritable challenge !

Mes mains n’obéissent qu’à elles-mêmes. Mon attention est sans cesse perturbée par mille détails. Ma vue me joue des tours et le bruit, les consignes données, la proximité avec les autres, tout ça m’affole. Mais pour une fois, on m’a confié une tâche. On m’a sorti de mon désoeuvrement et on m’a fait confiance ! Alors j’ai retroussé mes manches, j’ai tiré la langue pour m’appliquer du mieux que je pouvais et Ô miracle ! La carotte a perdu sa pelure. Et moi, j’ai gagné une sacrée bataille.

Depuis, je retourne régulièrement en cuisine chez Biscornu avec d’autres porteurs de handicap. Ça me fait du bien. Je FAIS quelque chose. Quelque chose qui a une valeur. D’après mon papa, il se pourrait même que ça devienne mon travail quand je serai vraiment prêt. Et qu’en plus, je pourrai…en vivre*.

Merci papa d’avoir créé Biscornu. Merci à vous de soutenir cette belle histoire.

Alexandre a 15 ans. Il est le fils d’Olivier Tran, fondateur de Biscornu. Alexandre est porteur de troubles autistiques sévères. Il ne sait ni lire, ni écrire, ni même parler. Un handicap lourd qui l’empêche d’avoir une vie comme la nôtre. Mais puisque c’est la semaine du handicap, je me suis autorisé à écrire pour lui.

Je le connais, je l’ai vu évoluer en famille, au travail en cuisine. Il exprime sans aucun artifice l’entièreté de ses émotions. Alors s’il lui manque les mots pour dire les choses, le voir bouger est comme regarder un livre ouvert. Il n’y a plus qu’à retranscrire, humblement.

Amicalement,

Un ami

*En France, 90% à 95% des porteurs de troubles autistiques ne trouvent pas de travail. Biscornu fait partie de ces entreprises qui veulent changer le regard sur le handicap et donner une chance à la différence.